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DECLARATION DE TORROELLA DE MONTGRÍ Pour la défense du patrimoine culturel de la pierre sèche (Baix Empordà, Catalogne), 24 octobre 2004
Les personnes et entités, indiquées à fin de cette Déclaration, se sont réunies à Torroella de Montgrí, les 23 et 24 octobre 2004 lors de la IIème Rencontre d’Étude pour la Préservation du Patrimoine de la Pierre Sèche dans les Pays catalans.
Attendu que la culture de la pierre sèche a engendré et modelé l’un des paysages les plus fréquents et les plus communs et aussi les plus spectaculaires et significatifs des Pays catalans et de la Méditerranée, et peut être considérée comme l’expression la plus remarquable de la symbiose entre la Nature et l’Homme,
Attendu que les techniques de la pierre sèche ont permis jusqu’à ce jour l’aménagement des territoires pour l’agriculture, l’élevage et la sylviculture avec un minimum de moyens et un maximum d’efficacité et ce, constamment et en respectant l’environnement,
Attendu les qualités matérielles de la pierre sèche :
- pour sa remarquable contribution quant à l’amélioration de la biodiversité en constituant un habitat privilégié pour la flore et la faune - pour sa contribution décisive pour éviter ou minimiser la dégradation et l’érosion des sols, le risque d’inondations et pour utiliser au maximum l’eau de pluie - pour sa contribution quant à la conservation globale des paysages, leur préservation, leur structuration et leur diversité, ce qui, de ce fait, donne lieu à une diminution du risque d’incendies forestiers
Attendu les qualités immatérielles de la pierre sèche qui, au-delà de ses structures, de ses constructions et de ses espaces, intègre une énorme densité de techniques, de connaissances, de savoir-faire, de la manière qu’a chaque communauté de l’utiliser et de l’interpréter, et qui se rapportent à l’environnement ainsi qu’aux traditions et aux expressions intangibles de leurs populations,
Attendu que la pierre sèche constitue un paysage culturel dense, complexe et varié qui ne peut être compris, étudié, protégé et aménagé, qu’à partir d’unités contextuelles, matérielles et immatérielles, et inséparables,
En reconnaissant que la technique de la pierre sèche a un caractère et un potentiel totalement actuel et en vigueur, aussi bien du point de vue mécanique et architectonique qu’en ce qui concerne le paysage et l’esthétisme qui la rendent susceptible de pouvoir continuer à être utilisée dans la conservation du patrimoine existant de la pierre sèche ainsi que dans des expressions et des projets innovateurs, étant donné sa capacité à offrir des solutions techniques qui se tiennent parfaitement,
Attendu que le patrimoine de la pierre sèche constitue un actif culturel d’une importance considérable et un énorme potentiel environnemental et économique qui est intimement lié à l’agriculture, l’élevage et la sylviculture ainsi qu’au marché du tourisme culturel,
Attendu que le nouveau caractère multifonctionnel, multisectoriel et intégré de l’agriculture, de l’élevage et de la sylviculture, doit être intimement lié au développement équilibré du territoire rural, à l’amélioration de la qualité de vie et à la valorisation et à la protection de son héritage culturel et environnemental,
En reconnaissant aux paysages de la pierre sèche le rôle qu’il peuvent jouer en tant que passerelles culturelles entre les frontières et aussi en tant que domaines privilégiés de coopération entre les personnes et les cultures, de solidarité et de cohésion ainsi que d’espaces de partage et de participation,
Attendu la grande fragilité de ce patrimoine culturel et les importantes menaces à laquelle il doit faire front, comme par exemple sa méconnaissance, le manque d’inventaires, les observations approximatives, leur caractère modeste en apparence, sa situation géographique très fréquente dans des zones rurales affaiblies et dépeuplées, le manque de conservation, le fait qu’il soit considéré comme un paysage d’une importance marginale à cause de projets d’infrastructures et d’aménagement du territoire, et, très souvent, son manque de lien avec la politique et les décisions sectorielles,
En tenant compte des textes juridiques en vigueur au niveau international dans le domaine de la protection et de la gestion du patrimoine naturel et culturel, du paysage, de l’aménagement du territoire, de la politique agraire, de l’autonomie locale et de la collaboration entre les frontières,
Nous exigeons :
Que les Institutions publiques et privées, politiques, académiques, professionnelles, patronales et syndicales, à tous les niveaux et dans tous les domaines de leurs compétences :
1. - Jugent qu’il est vraiment nécessaire de considérer comme un paramètre majeur l’obligation de protéger et de mettre en valeur les paysages de pierre sèche, sans les traiter de manière fractionnaire et résiduelle, dans leur façon de mener leur politique et tous leurs projets d’aménagement du territoire, des infrastructures, de l’agriculture ou de quelque autre que ce soit qui puisse affecter l’intégrité de ces paysages ou les dégrader de façon définitive. La préservation des paysages de pierre sèche ne doit pas être considérée comme un problème marginal mais plutôt comme l’un des principaux objectifs de l’aménagement du territoire,
2. - Lient, de manière systématique et inéluctable, tous les types d’aide concernant les activités productives ou économiques menées à bien ou tout autre type d’assistances concordantes et simultanées destinées à la conservation, à la restauration ou à l’entretien de ces paysages et de chacun des éléments qui les constituent,
3. - Encouragent et adoptent les mesures législatives, administratives, financières et éducatives nécessaires à approfondir la connaissance et l’étude et à améliorer la diffusion et la protection intégrée du patrimoine de la pierre sèche,
4. - Encouragent l’éducation de la population dans le domaine du patrimoine culturel et tout particulièrement, dans celui de la pierre sèche,
5. - Appuient, grâce à des initiatives légales, économiques, à des ressources techniques ou autres, en stimulant les volontaires, les associations, les fondations, les organisations et les plates-formes civiques de tous genres qui travaillent à la défense de la pierre sèche, en général, reconnaissent son importance de matière explicite, utilisent ses capacités et son travail et poussent sa participation dans des projets et des programmes,
6. - Encouragent les programmes de formation dans les universités en incluant des sujets concernant le patrimoine et la pierre sèche, en particulier, dans les programmes relatifs à l’architecture, l’urbanisme, le paysagisme, l’ingénierie, la géographie, l’histoire, l’archéologie, l’anthropologie, l’agronomie, la sylviculture, la gestion et le tourisme culturel, aussi bien au niveau professionnel qu’artisanal, afin que toutes les parties impliquées prennent conscience de la grande valeur culturelle de la pierre sèche et acquièrent les connaissances requises et les outils nécessaires pour être à même d’intervenir et de propager l’utilisation de cette technique et de ce matériau,
7. – Adoptent toutes les initiatives légales ou les actions de sponsorisation pertinentes afin que, moyennant des dégrèvements fiscaux et des aides économiques offerts aux pouvoirs locaux et aux propriétaires locaux ou grâce à des interventions diverses de support et d’assistance, l’on mette en pratique des actions efficaces destinées à stimuler la conservation du patrimoine de la pierre sèche. Du point de vue légal et économique, il faut que la conservation, la restauration ou la réhabilitation du patrimoine de la pierre sèche prime sa démolition ou sa substitution afin de stimuler une politique de développement tenable,
8. – Donnent le maximum de transparence et de publicité à tous les projets qui puissent affecter, d’une façon ou d’une autre, les paysages de la pierre sèche afin que les communautés affectées puissent les analyser ou les amender, si besoin est, avant de prendre une décision et stimuler ainsi la démocratie participative,
9. – Encouragent les mesures légales et économiques nécessaires permettant le développement d’un marché du travail important lié à ces métiers et aux travaux relatifs à la pierre sèche afin de contribuer à ce mouvement et à la diversification des économies locales, et à l’augmentation de postes vacants et de leur index d’occupation,
10. – et qu’elles soutiennent pleinement les objectifs de cette déclaration, s’engagent totalement et fassent le maximum pour en assurer son application.
Dans l’intention de renforcer le suivi de cette Déclaration, de promouvoir des actions qui la maintiennent présente dans l’esprit des institutions, et d’encourager des initiatives destinées à renforcer son application, l’on décide, à l’unanimité, de créer une Coordinatrice d’entités en défense de la pierre sèche dans les Pays catalans. Cette Coordinatrice dont la structure et le siège seront définis dans un délai de trois mois à compter de la date de cette Déclaration, se chargera, d’autre part, de favoriser les échanges et la création de réseaux transnationaux entre structures aux finalités similaires.
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